L’itinéraire de création

Entretien avec Emilie RAJAT et Brigitte QUITTET

Mis en mots par Dimitri VERDY

Le spectacle Filippo et le tigre est inspiré d’un conte hindou qui raconte la trahison d’un Brahmane par un tigre affamé.
Ce conte autorise une myriade d’interprétations, de digressions autour du thème de la trahison et de la confiance en soi et en l’autre.
La compagnie a choisi d’effectuer une transposition en plaçant au centre du récit, non pas un vieux sage, mais un jeune enfant, symbole de l’être à protéger.
L’enfant personnage s’adresse à l’enfant spectateur, l’embarque dans son univers et lui propose un espace de liberté, de plaisir et de questionnement.
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Le conte original devient un squelette que l’on aurait dénudé puis rhabillé à notre guise, sans en dénaturer l’esprit.
Son caractère fantastique et onirique permet en outre de dédramatiser la violence des enjeux, de donner au monstre un visage de clown
ou au héros innocent la force d’une armée.
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Par ailleurs, les rencontres que le jeune garçon fait au milieu du désert offrent une palette de possibilités quant aux caractères,
aux travers, aux représentations que l’on peut associer à chacun.
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On peut enfin considérer ce conte comme un parcours initiatique ou un hymne à la vie ; une parole directe à l’enfant qui lui dirait qu’il n’y a pas de fatalité,
que l’on peut toujours trouver une oreille amie face à la souffrance, quelqu’un à qui faire confiance, mais aussi un avertissement face à l’indifférence ou à la
logorrhée compatissante que l’on développe parfois pour se donner bonne conscience.
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Les choix de mise en jeu résultent d’un cheminement en plusieurs étapes.
Nous sommes parties de la solitude du lecteur qui lit le conte et parcourt en plusieurs sauts successifs les chemins de son imaginaire.
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Il a été envisagé d’aborder l’histoire à la manière d’un récit narré par Filippo, mais c’était mettre l’action trop à distance.
Nous avons finalement choisi de garder cette solitude structurelle mais de l’incarner, de lui donner forme et vie dans le corps de la comédienne, unique
interlocutrice au milieu du désert.
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Au fil des répétitions, les personnages émergent du conte, s’en éloignent et prennent corps.
Tout se fait en improvisation.
Une langue crue et ronde naît de l’impulsion du corps.
C’est presque une histoire d’instinct. Retrouver sa propre part d’enfance et la mettre en jeu.
Le rythme est la clé de voûte de cette aventure.
Mettre en relation rythme de l’histoire et rythme du corps. Comment rebondir d’un personnage à l’autre ?
D’autres questions jaillissent : comment jouer avec l’univers sonore, avec l’espace, pour qu’ils viennent nourrir l’épopée ?
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La présence d’une seule comédienne en scène laisse au spectateur le loisir de se créer une image mentale de l’action et des personnages et de donner ainsi
libre cours à sa fantaisie, jusqu’à la morale qu’il se façonne selon sa perception, ses émotions ou son expérience personnelle.
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Pourquoi un jour un spectacle jeune public ?

La compagnie a toujours basé son travail sur l’aspect ludique de la création théâtrale. Avec le spectacle  Filippo et le tigre, nous avons voulu aller plus loin dans cette démarche et chercher du côté de l’énergie brute et de l’animalité.
Soumettre ce travail à des spectateurs enfants nous a semblé évident, car ils sont certainement les plus à même de se laisser embarquer dans un
univers où se mèlent spontanéité et imaginaire.

Nous avons décidé de nous autoriser tous les excès de jeu, transformations du corps et de la voix, de nous laisser surprendre et de partager cette énergie avec
le jeune public.